Et si ?

Apple et la désertion de l’ultramobilité

Réflexions sur l’action et la non-action d’Apple sur le marché de l’informatique ultraportable
Première publication : .
Mise en ligne: 22 octobre 2002.
Modifié le : 24 janvier 2003.
Par Bazaar
Apple et la désertion de l'ultramobilité, Matériel

Au moment précis où je commence à rédiger cet article, Lionel de macbidouille.com relaie une information à laquelle il peine lui-même à croire : Apple cesserait la production des iBooks. Par quoi les remplacer ? Voilà une bonne amorce pour une réflexion plus globale sur l’attitude d’Apple vis-à-vis du marché des portables.

Apple, pionnier de l’ultraportable

Il faut bien le reconnaître, Apple a longtemps été le pionnier, le leader incontestable, du marché des portables. Avec le premier Macintosh Portable, Apple a véritablement inventé le marché en 1989. De perfectionnement en perfectionnement, l’entreprise a par la suite créé d’autres segments de marché de l’informatique portable, principalement avec la gamme des Powerbooks Duo puis avec le Newton.

-  Les Powerbooks Duo ou l’invention des ultraportables

Après avoir mis sur le marché une série de machines de référence sur le marché des portables, Apple a cherché à distancer ses concurrents en sortant (fin 1992) l’un de ses produits les plus novateurs : le Duo.

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Le Duo 210
Machine ultra-légère, le Duo 210 a inspiré de nombreux constructeurs après lui !

Le principe du Duo, relativement simple, consistait à distinguer deux configurations matérielles pour le même ordinateur portable : une première configuration lorsque le portable doit être mobile, une autre configuration, plus confortable, lorsque l’ordinateur est en mode sédentaire. Soyons plus concret : le Duo est le premier laptop ultraléger qui utilisait un Dock, genre de berceau dans lequel il fallait glisser le portable pour le transformer en véritable machine de bureau, disposant d’un écran CRT plus grand, d’un lecteur de disquettes et d’un disque dur supplémentaire.

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Le Dock
Complément de la gamme des Duo, le dock permettait de connecter toute une série de périphériques (clavier, souris, écran, disque dur, lecteur de disquettes, de CD...) au très compact Duo, et d’en faire une vraie machine de bureau ! Une préfiguration du hub numérique ?

Aujourd’hui, si le concept a été abandonné par Apple après le Duo 2300 (PPC à 100mhz) en 1996, de nombreux fabricants de PC ont poussé le concept, sans le modifier véritablement. Des dizaines de laptops PC ultraportables sont ainsi livrés avec des docks, leur ajoutant quelques fonctionnalités, notamment le CD/DVD. Il y a un rapport de filiation évident entre les Duos et ces machines PC, et ce même si le Duo allait plus loin encore que les PC actuels (qui ne proposent pas d’écran, de disque dur supplémentaire ou de clavier externe, etc...)

-  Le Newton, la révolution perdue

Outre l’invention de l’ultraportable modulable avec le Duo, Apple a élargi le marché de l’informatique ultramobile en conceptualisant puis en commercialisant l’ancêtre du Palm. Le Newton était véritablement une machine extraordinaire, techniquement supérieure aux Palms actuels (processeur, reconnaissance d’écriture), la couleur en moins.

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MessagePad 130
Le Message Pad 130, le temps de la maturité, introduisant le rétro-éclairage et proposait un système de reconnaissace d’écriture véritablement fiable.

Le Newton, avec ses différentes déclinaisons (MessagePad 100, 110, 120, 130, 2000, 2100...) recherche le succès. Si le MessagePad 100 était peu concluant, le produit arrive à maturité avec le 130. Les modèles 2x00 sont les premiers à proposer des services Internet mobile, le 2100 étant même capable de se connecter à un réseau ethernet ! Une vraie révolution... trop rapide ! Le fait est qu’Apple, bien que proposant d’excellentes machines, était trop en avance sur son marché.

La réaction d’Apple a été de tenter une reconversion du Newton vers le marché de l’éducation, puisque le monde de l’entreprise s’intéressait peu à ses machines, trop chères pour le grand public. Le eMate 300 est une machine mi-portable, mi-PDA, avec un écran tactile et un grand clavier, un port PCMCIA.

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eMate 300
Une tentative pour ré-orienter le Newton vers le marché de l’éducation. Le eMate fait furieusement penser au mythique Psion Série 7/Netbook, sorti beaucoup plus tard.

En 1998, Steve Jobs interrompt la commercialisation des Newtons, tandis que Palm et Psion lancent des machines grand public moins performantes mais qui connaissent un plus grand succès.

Aujourd’hui, en dépit de l’échec (injuste !) de Psion, les machines PalmOS et PocketPC se partagent un marché qui fonctionne bien... marché inventé par Apple.

Apple en panne d’inspiration

Avec l’arrêt du Newton en 1998, la disparition des Duos du catalogue en 1996/1997, Apple a quitté le monde de l’ultraportable... Après avoir conceptualisé les machines qui aujourd’hui ont du succès !

Alors, sont-ils fous chez Apple ? Il y a régulièrement des rumeurs selon lesquelles Apple pourrait faire son retour sur ces segments de marché, et notamment celui des PDA. La rumeur relative à la fin des iBooks pourrait rapidement donner naissance à une autre rumeur : celle d’un renouveau du concept des Duos. Pourquoi pas ?

Quoi qu’il advienne dans les prochains mois, on peut regretter qu’Apple n’ait pas fait montre depuis 4 ans d’un grand esprit d’innovation sur le marché des portables, sauf peut être avec les écrans panoramiques des G4. Les Powerbooks G3, puis G4, le iBooks II sont d’excellentes machines ; elles n’ont cependant rien de bien original, à l’heure où des PC à écran tactile sont commercialisés. De même, c’est à Microsoft que l’on doit le concept de Tablet PC, qui pourrait bien remplacer les portables que nous connaissons aujourd’hui. Qu’Apple sorte un iPhone, elle ne fera que copier le Handspring Treo. Qu’elle sorte un Tablet PC, et là c’est le monde PC qu’elle plagiera. Que reste-t-il à inventer ? En fait, Apple a fait le choix de se concentrer sur la conception de ses logiciels, qui a considérablement gagné en qualité et en ergonomie depuis ces mêmes quatre années. Parallèlement, la firme a décidé de soigner le design matériel plutôt que ses fonctionnalités. Un choix que chacun appréciera.

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Auteur : Bazaar
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Bazaar
> Apple et la désertion de l’ultramobilité
Par Frédéric PONCET le 23 octobre 2003 - Menu du forum
 

L’article rappelle à juste titre qu’Apple a inventé beaucoup de choses en micro-informatique, mais à trop garder le nez sur son sujet, Bazaar en oublie qu’Apple reste avant tout un précurseur.

Il ne suffit pas d’inventer un nouveau concept pour rester leader sur ce marché. En la matière, se reposer sur ses lauriers serait même plutôt suicidaire !

Apple n’en est plus aujourd’hui à exploiter un vieux filon qui marche, même si c’est elle qui l’a inventé. Ses nouveaux marchés sont ceux de la musique en ligne et des gros systèmes ; demain ce sera autre chose.

Quant au TabletPC, il s’agit exactement du genre d’aventure qu’Apple ne tentera plus à la légère. L’innovation n’est plus ce qu’elle était au temps du ZX81, il ne s’agit plus de séduire quelques passionnés avec "Le" gadget à moitié fonctionnel et pas vraiment pratique (1) ...

"Apple en panne d’inspiration" ? Je me marre. On croirait lire SVMMac. Apple invente, en quelques années, Mac OS X, XServe, iPod et le G5 (sans parler de choses "secondaires" comme WebObjects). Regardons-y de plus près, il s’agit d’une stratégie extrêmement lisible et qui prépare sans doute quelques applications étonnantes, après l’iTune Music Store. Mais passons, nul n’est devin.

Quoiqu’on pense du "gourou", il fait partie des dirigeants d’entreprise qui ont compris, et depuis longtemps, que la solidité de son affaire reposait sur un certain nombre d’éléments (compétence, innovation, attachement à la marque, marché de niche...) beaucoup plus stables et plus fiables que l’enthousiasme, toujours volatile, des actionnaires. Rappelons que ces derniers l’ont appelé au secours, il y a quelques années, après l’avoir viré sur les critères à la mode de l’époque -outre-Atlantique, car ici ils ont toujours cours- mais qui ne pouvaient pas s’appliquer à Apple sans faire de dégats...

Bref, s’il y a des doutes à avoir sur l’avenir d’Apple, ce n’est pas à cause de ses choix. Il faut seulement espérer que le "toujours plus de valorisation pour l’actionnaire" ne reconduise pas à l’aveuglement qui failli coûter la vie à Apple dans les années 1990.

Et saperlipopette, cessons de rêver qu’Apple se mette un jour à jouer à faire concurrence à Dell, Compaq, Palm, que sais-je encore ! Pourquoi faire, sinon pour accumuler les pertes dans une course suicidaire ?

Apple n’a pas de concurrent. Et c’est bien pour ça que nous utilisons des ordinateurs Apple : parce que nous le savons. Tant pis pour ceux qui ne le savent pas.

 
> Apple et la désertion de l’ultramobilité
Par Bazaar le 23 octobre 2003 - Menu du forum
 

Merci d’avoir pris le temps d’écrire cet intéressant message.

Je me permets de répondre pour "défendre" un peu mon propos contre un petit procès d’intention. Lorsque j’ai écrit qu’Apple était en panne d’inspiration, je m’en tenais au sujet de l’article : l’ultramobilité. Le xServe ou Mac OS X n’entrent pas en ligne de compte, d’autant qu’on peut questionner la révolution Apple à leur sujet. Ni le xServe ni Mac OS X ne sont techniquement révolutionnaires ; ils sont à l’inverse des merveilles d’intégration de technologies existantes et parfaitement standardisées. De la même manière, l’iPod est le meilleur Juke-Box mp3 mais aucun de ses composants n’est une invention d’Apple (sauf le Firewire, il est vrai) : le disque dur 1,8" a été conçu (pour les premiers iPods) par Toshiba, le système d’exploitation est sous-licence, etc... Révolutionner les usages tient souvent à des modifications légères, c’est certain, comme cette molette mécanique (qui ressemble au bouton de mon poste radio, une genre de molette plate crantée) ou tactile (qui ressemble au pad d’un ordinateur portable...) sur l’iPod..

Mais revenons-en au sujet de l’article, et uniquement à lui. Tu écris : "Il ne suffit pas d’inventer un nouveau concept pour rester leader sur ce marché. En la matière, se reposer sur ses lauriers serait même plutôt suicidaire !" Eh bien c’est précisément l’idée de cette article : c’est parce qu’Apple ne s’est pas reposée sur ses lauriers qu’elle a su, pendant des années, créer un marché puis des débouchés. Le Newton n’avait rien d’une bidouille digne du temps du ZX-81... C’était une invention géniale, extrèmement fonctionnelle et parfaitement opérationnelle (le Newton 2100 est longtemps resté une référence absolue pour les fans de PDA).

Je regrette le ton de ton message, notamment quand tu dis : ""Apple en panne d’inspiration" ? Je me marre. On croirait lire SVMMac." Je suis heureux que ça te fasse rire... mais encore une fois, ce commentaire concerne le seul marché de la mobilité... Et puis j’aime bien SVMMac !

Enfin, tu évoques la situation financière et la pression des actionnaires... ce qui retient Apple de se "lâcher" en matière de PDA par exemple (car nul doute que des prototypes existent), ce sont bien les actionnaires (que tu fustiges) et la peur du déficit (qui tu utilises dans ton argumentation).

Mais je suppose "qu’à trop garder le nez" sur ton message, tu as oublié qu’Apple est un entreprise soumises aux mêmes règles que les autres et qui n’a pas le monopole de l’innovation (cf. Sony). :o)

 
> Apple et la désertion de l’ultramobilité
 le 24 octobre 2003 - Menu du forum
 

"ce qui retient Apple de se "lâcher" en matière de PDA par exemple (...), ce sont bien les actionnaires (...) et la peur du déficit (...)"

Attention, ne pas confondre les deux. Les actionnaires ne veulent pas de déficit, mais leurs idées sur la création de valeur sont généralement des lieux communs qui ne conduisent pas forcément les entreprises aux meilleurs choix (autre exemple : Alstom).

Les bénéfices et la capitalisation boursière sont deux choses qui ne sont pas directement liées. La capitalisation boursière est une anticipation, parfois démesurée (parfois sous-évaluée), sur les capacités d’une entreprise à faire des bénéfices.

Bref, si les actionnaires étaient convaincus que le PDA est un marché prometteur pour Apple et qu’Apple sortait un PDA, nul doute que le cours de l’action Apple grimperait. Et si les bénéfices attendus n’étaient pas au rendez-vous, le cours de l’action redescendrait très vite, mettant Apple en difficulté.

Voilà pourquoi je fais une nuance entre "surveiller les bénéfices" et "surveiller le cours de l’action"...

 
> Apple et la désertion de l’ultramobilité
Par Bazaar le 24 octobre 2003 - Menu du forum
 

euuuuuuh...

Merci pour ce cours de finances, j’attends avec impatience ton complément sur les effets pervers des OPCVM obligataires ou sur la fiscalité des contrats d’assurance vie en France dans un contexte de concurrence fiscale européenne accrue...

En ce qui concerne le résultat d’une entreprise et le cours de son action, je vois mal en quoi ce que j’avais écrit témoignait d’une confusion entre les deux. La conjonction de coordination "et" n’est pas synonime "d’équivalent à". Pour ce qui est du lien entre le cours de l’action et le résultat, le cours dépend effectivement de l’anticipation du résultat par les investisseurs, car du résultat dépend la rémunération du capital de l’entreprise, c’est-à-dire le dividende.

Enfin une dernière petite remarque au sujet de la façon dont tu présentes les actionnaires... Tous ne sont pas d’infâmes gros méchants capitalistes (sic) qui n’ont aucune connaissance du marché. Le propre d’un actionnaire (qui est, rappelons-le, un propriétaire de l’entreprise) en ces temps difficiles, c’est d’être prudent. Quant à attribuer aux méchants financiers le quasi naufrage d’Apple entre 1985 et 1995 (plus long que le Titanic d’ailleurs) puis à présenter Steve Jobs comme un génie qui redresse les comptes... cela s’apparente à de la Steve-Jobs-mania. Si Steve Jobs a bel et bien redressé une entreprise en grave difficulté, il avait une lourde responsabilité au regard des difficultés d’Apple dans les années 1980. On apprend de ses échecs, Jobs l’a prouvé.

Pour revenir à l’article dont il est question ici (ce thread devient surréaliste), je répéte que son objet était bel et bien de s’interroger sur la politique commerciale d’Apple vis-à-vis de l’ultramobilité. Apple ayant presque tout inventé dans le secteur de l’ultramobilité (ordinateurs ultra-portables et PDA), il est intéressant de constater que la firme s’est retirée de ces secteurs. Cela ne signifie pas qu’Apple est une entreprise nulle ni qu’elle est dirigée par une bande de nouilles... mais simplement que la firme a opéré un revirement stratégique.

Trois pages de justifications pour un article qui a au moins six mois, je commence à fatiguer moi !

Amicalement

 
> Apple et la désertion de l’ultramobilité
Par Bazaar le 24 octobre 2003 - Menu du forum
 
je viens de me rendre compte que cet article vient tout juste d’avoir un an... brrrrrrrrr
 
> Apple et la désertion de l’ultramobilité
Par Nicholas le 11 juin 2003 - Menu du forum
 

Bonjour, pour ma part je possède un Newton 130 que j’utilise toujours, bien qu’il est vrai que sa taille est un peu grosse, le système d’exploitation est génial, la reconnaissance d’évriture est bluffante, il n’est pas dépassé, son design est vraiment soigné très stylé. Bien les pocket PC prennent le marché, je pense que si Apple venait réitéré, en sortant un Newton plus moderne à l’instar des Titanium ou des iBook, son succès serait immédiat. L’iPod est un test à de nouvelle idée et Apple en profite et il a raison. Allez on croit en toi Steve...

Merci pour cet article, je suis content qu’on reparle du Newton.

Bye

Volodimer Nicolas Palo Alto, Californie

 
> Apple et la désertion de l’ultramobilité
Par un fan de Baz le 22 octobre 2002 - Menu du forum
 

Je trouve que vous êtes assez synchro avec l’article de iBen sur l’anniversaire du iPod. :o)

Sacré historique, je connaissais pas le eMate ! Un truc pareil n’a jamais été autant d’actualité !

 
> Apple et la désertion de l’ultramobilité
Par Regd le 25 octobre 2002 - Menu du forum
 
J’ai eu tous les Newton qui ont existés (pas le emate) et j’ai été très triste que l’aventure s’arrête si brusquement. C’étais le must en matière de PDA, la synchro, les cartes mémoires PCMCIA, clavier externe, modem etc . C’étais mon buro mobile et j’avais l’air d’un extra-terreste quand je sortait ça de ma poche. L OS du Newton étais largement plus efficace que Palm, y’avais le logiciels Graffiti dispo dessus et ont avait pas besoin d’une zone pour ecrire etc . Bon maintenant je me suis consolé avec un petit Clié de chez Sony. Ps : J’ai aussi eu que des portables Apple 170,185c,520c,5300Ce,Wallstreet,Pismo, Tibook ;-)
 
> Apple et la désertion de l’ultramobilité
Par Bazaar le 25 octobre 2002 - Menu du forum
 
Merci pour ton témoignage ! Ca fait plaisir de voir que le Newton est regretté... Espérons qu’Apple revienne un jour à ces premières amours - et pourquoi pas en intégrant le même disque dur 1,8" qui équipe les iPods ?
C’est beau de rêver...
 
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